NOCHE BUENA A GAMBETTA de Francis Féménia

Un 24 décembre là-bas faubourg Gambetta, température douce, nuit merveilleusement étoilée.
Que de monde ! De Fontanel à Nobel, l’effervescence avait envahie les gens. Vous pensez une notché buéna toute proche et chacun par petits groupes de commenter la préparation des réjouissances.
Il va de soi que le « pavo »en était la vedette culinaire, assorti de quelques légumes de circonstance.
Point de divergences c’était la coutume,  sauf l’anisette pour les hommes, le moscatel pour les dames ! sans oublier les traditionnelles « cascaras »mélange de noix, noisettes, amandes, touron duro, blando, fruits confits divers, le tout éparpillé sur la table artistiquement décorée.
21h ! L’impatience se manifestait, les papilles se délectaient à l’avance, déjà cette bonne odeur chatouillait les narines.
Faudra encore attendre car auparavant, que l’on soit mécréant ou pas la, « missa del gallo » fait aussi partie de la tradition que nul ne manquera.
Le padré cura,  béat de satisfaction avait donné des instructions à ses ouailles afin que la nef soit revêtues de ses plus beaux ornements, les saints dépoussiérés semblaient dire :

« Buéna notché jenté dé Gambetta »

Quant à l’office, sans similitude avec les trois messes basses, l’on peut dire qu’il fut mené en bonne et due forme accompagné de amen, de multiples et fugaces signes, de génuflexions et enfin l’ultime oraison……………….bonne fête in pace.
Rapidement, le sourire bien accentué, l’assemblée se dispersait par petits groupes en chantant les airs typiquement oranais.
Vite, vite daté prissa el pavo sé va quémar !!
Brusquement les rues devenaient désertes ; cependant à travers les volets on pouvait imaginer les joyeuses réunions, percevoir les sons allègres, la fête commençait.
Adolescent, au moment des faits, j’ai toujours conservé en mémoire ce réveillon quelque part avenue des falaises en compagnie de gens d’une extrême gentillesse sachant pour l’occasion recevoir en créant l’ambiance par des airs bien connus tels que :

 « Esta notché es notché buéna y manana navida…….la barquéta dé la marsa boga boga y bogara…..sénor gallo y la gaina tuerta, le tout accompagné de BOM BOM BOM.

Quelle était cette étrange percussion ? Serait-ce la sabomba ?
Holà vésinos on peut entrer !!
Mais bien sur !!! Allez encore « oune otre « nous disait Gaetano, visage illuminé (les anisettes) en nous accueillant un balai à la main

                                                                                                                                         
Un balai … !!!!
Je m’explique ! il frottait vigoureusement son extrémité contre la porte imitant ainsi le bruit particulier du singulier instrument.
Allez rentrez petits enfants et encore » oune otre, a comer sa ditcho » et de nouveau le BOM BOM BOM  et ses conviviales invitations.
De braves gens, d’une admirable hospitalité, heureux cette nuit là afin de fêter humblement cette notché buéna à la mode oranaise……. (Hélas leur destin fut cruel un certain 5 juillet 1962)
Un peu ensommeillé je quittais ce lieu au petit matin vers le centre ville, ce qui me permettait de croiser d’autres fêtards tout le long de l’avenue de Tunis.
Et BOM BOM BOM son de la véritable sambomba……dalé qué dalé….ya stem a qui !!
Terminé cette ahurissante percussion ! Elle est restée là-bas à tout jamais, plus rien ne pourra ressembler aux noëls de jadis

 

NOS CINEMAS  de Francis Féménia

Subitement me vient en mémoire un des loisirs que nous avions dans notre belle ville d’ORAN :

Les cinémas

Une trentaine de salles que bon nombre d’oranais fréquentaient assidûment et notamment celles qui suivent.
Sans être un cinéphile accompli  je peux dire que je faisais partie de ces gens qui trouvaient en ces lieux une réelle distraction.
Ainsi nous avions l’embarras du choix et dépendions des films

L’IDEAL place des Victoires ou l’on diffusait bon nombre de westerns avec entre autres GARY COOPER-RANDOLH SCOTT

LE CENTURY rue Schneider magnifique établissement lequel projetait de belles comédies musicales dont les vedettes inoubliables se nommaient FRED ASTAIRE- GINGER ROGERS GENE KELLY (chantons sous la pluie)

L’EMPIRE rue Alsace Lorraine immense arène dans laquelle assis confortablement nous admirions les talents de GARY COOPER- ELISABETH TAYLOR- HUMPHREY BOGARD.
Il faut rappeler aussi dans cette salle le célèbre radio crochet du dimanche matin « à se poiler de rire » comme nous disions.

LE COLISEE rue de l’Artillerie bel écrin aux fauteuils spacieux d’un rouge écarlate, JEAN GABIN-   MICHELLE MORGAN  étaient souvent à l’affiche
Nous avons également applaudi la prestation physique de JACQUES HELIAN et son orchestre.

LE REGENT rue d’Arzew (le paséo) enceinte grandiose où la foule se pressait afin de contempler le petit prodige espagnol JOSELITO

LE MOGADOR rue de Salles un de mes préférés ! JOHN WAYNE le cow boy à la démarche chaloupée dans ses films Rio Grande et Bronco Apache nous captivait.

L’ABC (devenu richelieu) rue de Lourmel m’embarqua dans des aventures navales entre corsaires et pirates combattus par le Play boy ERROL FLYNN

LE FAMILIA bd Oudinot (marine) mon jeudi étant enfant ! Je vibrais aux épisodes de TARZAN.

LE TIVOLI rue Mostaganem TINO ROSSI FERNANDEL en étaient les vedettes.

Ah ! J’oublie le LIDO (Gambetta)

Je n’ai été qu’une seule fois mais les deux heures passées restent pour moi un souvenir que je prends plaisir a relater ci après :
Ce soir là le quartier était en effervescence ! Pour rien au monde on aurait manqué ce « bonico drama » comme disait mémé.
Un drame poignant dont la vedette était une petite fille adolescente, brutalisée par un couple….les THENARDIERS affreux personnages avides d’argent.
Que de monde ! Les gens attendaient patiemment l’ouverture du rideau sur lequel on pouvait lire les « réclames » cafés Nizière-y a bon Banania-pâté Olida- buvez BAO, etc.
21h !! Soudain les lumières faiblissaient, conjointement le panneau se soulevait orchestré par un ahhh ahhhh de satisfaction suivi de chutt  chuuuut à « caillar ».
Diable les actualités c’est important de même que le documentaire et à nouveau l’éclairage progressif annonçait l’entracte.
Bonbons  caramel  esquimaux  cacahuètes  toraicos !!
A cet instant le spectacle purement oranais se manifestait par des claquements de fauteuils dus aux dossiers que l’on soulèvent, des amis ou des voisins que l’on apercevaient à l’autre extrémité de la salle donc des signes de mains et des holàs tonitruants.
À nouveau cette lumière qui faiblissait hop ça commence. Le silence se faisait, les yeux rivés à l’écran les gens vivaient avec les acteurs, on entendait parfois des murmures, ponctués par des reniflements, des exclamations telles que « lastima dé hija » ou « bastardo ».
Bien évidemment la fin était toujours favorable, les yeux rougis on entendait :
Aie « qué bonico drama » où est mon mouchoir ?
Exprimée par cette brave mémé du 11 à qui je rends hommage la haut dans un autre LIDO.

 

LES DEUX KIOSQUES de Francis Féménia

Notre bonne ville en comptait plusieurs !

Mais ces deux là étaient particuliers à tel point qu’ils faisaient partie du patrimoine oranais. Un lieu de rendez vous journalier le soir après 17h, le samedi et dimanche sans interruption. Situés en pleine ville, leur architecture d’une sobre simplicité, sans ornement, sorte de grand cube mi-bois mi- métallique, surmontés d’un toit surélevé.
Pratiquement identiques mis à part l’aspect coloré, ils attiraient la foule aux heures et festivités propices.
Il suffisait de réussir à poser les coudes sur une sorte d’avancée et patienter ne serait ce qu’un court et relatif instant. Un large boulevard les séparait, son nom……GALLIENI ! Tout en haut de part et d’autre l’un devant le prisunic, son jumeau devant le GBM (grand bon marché).

L’on pouvait lire en gros caractères :

 CHEZ BASCUNANA……..CHEZ ONTENIENTE, 

Leur spécialité… huitres, moules, oursins, clovisses à consommer sur place ou à emporter.
Ces deux personnages étaient très réputés, humour typiquement oranais. Chaque client avait droit à une boutade tout en vantant les mérites de la marchandise.
L’on attendait notre tour en devisant avec les gens car je dois dire qu’il y avait foule en trois rangées, cachant leur impatience malgré tout.
Le patron comme les employés maniaient habilement l’outil spécial à ouvrir les coques des oursins que l’on vous présentait artistiquement sur un plat décoré de tranches de citron, de même que les huitres toutes fraiches bien charnues accompagnées – si on le souhaitait-d’une « tchora » de vinaigre.
Le régal des oranais/oranaises sur un fond de « tchapurao » avec l’odeur bien caractéristique de la mer.
Parfois la porte arrière s’entrouvrait en laissant apparaitre une poche dans laquelle on devinait le contenu,  à déguster en famille pour la « notché buéna ». Tché elle est solide car   « vivo » à Gambetta et je prends le bus
Ça fait combien ? La somme était prononcée suivie d’un éclat de rire…. de 13 à la douzaine.
Les environs en ville étaient remarquables tant par l’ambiance et l’animation sur cet ample trottoir qui bordait le GBM lieu de causerie de la population judaïque.
De surcroit se trouvait à proximité certains bars à l’enseigne…..GROSSO OU BERENGUER pour une autre dégustation et en particulier échanger quelques mots avec ces gloires locales du football (CDJ) des années 45/50.
On arrivait chez CORBY tché on fait quoi ? On continue car faut ouvrir les huitres…..HOSTIA !!!

 

RETOUR MENU